Hier je me suis levée à 5h du matin, avec un peu de mal, la tête dans le brouillard, une envie de pipi intense comme depuis plusieurs jours maintenant.

Je me suis recouchée pensant m'endormir aussi sec comme d'habitude. Une fois à l'horizontale, j'ai su que ma journée serait différente de la veille, que je ne serai pas seule & qu'elle serait longue.

J'ai souri, comme si je venais d'apprendre un doux secret, j'ai souri parce que je me sentais sereine. Je n'ai pas eu peur, j'étais prête.

J'ai sorti mon téléphone pour compter.
Des contractions assez fortes toutes les 3 minutes. Il est 7h, je patiente gentiment dans mon lit, réveille mon homme pour lui dire qu'il n'ira pas travailler aujourd'hui. Il m'a répondu "ok" suivi d'un "hein ???" L'accouchement s'annonçait tranquillement. 

Je portais un legging noir que je ne supportais plus de voir & un t-shirt léger & confortable.

Tout était prêt. Je n'avais plus qu'à attendre le moment que je pensais être le bon pour partir à la maternité. Par précaution, à 8h j'ai appelé la maternité qui m'a conseillé de rester à la maison tant que possible sans perte des eaux.

10h. Plus rien. Un moment de répit dans ces contractions qui se tenaient à un rythme régulier bien que moins fréquentes. Bébé se repose. Moi je n'y arrive pas. Je cogite. Je réfléchis à ce qu'il faut prendre en dernière minute, ce que je pourrai arranger pour bien l'accueillir.

12h15 elles sont de retour & très douloureuses. Malgré tout, je reste zen. Il fait beau, doux, pas trop chaud, ça sera pour aujourd'hui, ça ne peut pas être une mauvaise alerte.

Je me regarde dans le miroir. Je regarde une dernière fois ce ventre si énorme. Je le caresse à tout va. Je lui dis que je suis un peu triste de ne plus le voir bientôt, mais que cette tristesse n'est rien au bonheur que j'ai de bientôt rencontrer ce petit être, mon petit bébé. Je lui parle, je lui dis que tout va bien se passer. Je le caresse encore à chaque contraction pour l'accompagner dans ce long travail. 

15h30, le silence se fait de nouveau. Je fatigue mais impossible de dormir. J'ai peur que ces heures déjà passées n'aient servi à rien. 
Je refuse. Il en est or de question, je suis prête, je le veux dans mes bras.

En fin d'après midi, je décide d'aller dans le bois marcher rapidement, efficacement. La marche m'est difficile depuis longtemps déjà, mais je sais que l'effet sera probant. Je marche aussi vite que possible, j'ai des contractions de folie, je m'arrête, je plie les jambes comme si j'allais accoucher sur place, retiens mon souffle pour ne pas hurler devant tout le monde. Je continue histoire que ça soit vraiment bénéfique. Des badauds me suivent du regard je le vois bien.

J'ai de nouveau des contractions toutes les 3 mn très intenses mais je gère, je ris, je suis heureuse.

Je gère mais j'ai mal. Paracétamol & Spasfon au fond de l'estomac je décide de préparer à manger puis de prendre un bain. C'était une obsession. Je ne pouvais quitter mon chez moi sans manger, j'avais peur d'être affamé. Vient le bain pour calmer mes douleurs. Moi, c'était comme un choc électrique, j'ai eu terriblement mal, une douleur affreuse. Et puis part mon poids je me suis coincée dans la baignoire. La baleine échouée, c'est bien celle là.

Je me retrouve fatiguée, douloureuse en pleure dans ma baignoire dans laquelle je suis coincée. Voyez le tableau ?

Je presse Monsieur Papa pour servir le repas (salade de pommes de terre). Assise sur l'angle de ma chaise je rebondis dessus en ayant une respiration de moins en moins efficace. A la première fourchette j'ai une envie de vomir intense. Je ne tiens plus. Je perds patience, je fatigue, j'angoisse.

Monsieur Papa expressément blindé d'infos appelle la maternité pour prévenir de notre arrivée imminente. Il récite mot pour mot tout ce qu'il faut.

J'mettais dit que j'irai à pieds le jour J à la maternité. Le jour J je lui ai hurlé dessus pour s'être arrêté au feu rouge.

20h30 nous sommes arrivés à la maternité où l'on me dit que j'ai bien fait de venir "vous allez accouché madame, vous êtes à 3" 

Sans déc ? Je passais juste vous claquer une bise !

Puis il y a eu l'attente. L'Attente.
Une prise de sang pour voir l'état de mes plaquettes & savoir si la péridurale m'est autorisée. Bien sûr, le labo de garde n'est pas à la maternité mais dans un hôpital à 10mn de là. 2h plus tard, j'ai le droit à la péridurale. Enfin dans la théorie. Dans la pratique l'anesthésiste de garde est au bloc sur une urgence vitale pour un accouchement chaotique.

Il est 1h30 du matin, après une dose de dérivé morphinique, de petits jouets rouges au dessus de ma tête & de pauses respiratoires, la sage femme me propose d'avancer le travail pour accoucher mais sans péri, elle n'a aucune idée de l'heure d'arrivée de l'anesthésiste.
Non, impossible, je n'y arriverai pas. Je suis dilatée à 7 & bien que mes exercices de sophrologie & le contrôle de ma respiration soient efficaces je souffre. Je reveux une perf. La sage femme me dit que c'est impossible & me dit que c'est mauvais pour le rythme du bébé. Le bébé ?! Ah oui... je suis là pour accoucher !

2h30 Mon sauveur arrive. Je revis & somnole entre deux bruits de couloirs, les portes qui couinent, & le contrôle de l'avancement du travail.

A 6h35, je ne fais qu'un avec ma sage femme. Je ne regarde qu'elle, je l'écoute et j'agis quand elle me le dit. 
Monsieur Papa lui est très présent, juste ce qu'il faut. Confiant, fort et serein, il m'encourage à chaque instant, joue son rôle à merveille. Il m'épate & je suis fière de lui.

6h40, je tends les bras, sors de mon ventre le petit être que j'ai désiré depuis si longtemps, que j'ai imaginé mille fois, que j'ai aimé dès le premier jour.
Je l'accueille d'un bienvenue et l'embrasse.

Ce matin j'ai donné la vie à un être exceptionnel qui a chamboulé ma vie à tout jamais. Un être aimant qui m'a fait grandir, m'a rendu plus forte.

Ce matin, c'était hier, c'était il y a un an.

 

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UNE HC